Association Bilou Toguna

Initiative locale sur le Niger : Un centre de santé flottant

jeudi 3 décembre 2009

Une équipe médicale embarquée dans une pirogue effectue des consultations, participe aux campagnes de vaccination, procède à l’évacuation des malades et des femmes enceintes.

« Pakou », ce mot à consonance exotique est le nom d’une pirogue très particulière qui fait depuis des années, le bonheur des habitants des hameaux de pêche installés tout le long du fleuve Niger. De Tamani (dans le cercle de Barouéli) jusqu’à Tombouctou en passant par Dioro dans la Région de Mopti.

« Pakou », est une pirogue ambulance. Ce centre de santé flottant avait été inauguré en mars 2003 à Ségou. Depuis, l’embarcation a rendu d’inestimables services. Son équipe médicale effectue des consultations médicales, participe aux campagnes de vaccination, procède à l’évacuation rapide des malades et des femmes enceintes. Du coup, elle est devenue incontournable à la vie des pêcheurs bozos installés le long du fleuve Niger ou sur des îlots sur le fleuve.

Les Bozos qui vivent essentiellement de la pêche, sont très mobiles. Ils changent constamment de lieu d’habitation d’une berge du fleuve à l’autre selon la période de l’année et le déplacement des bancs de poissons.

Cette population n’a pratiquement accès à aucun système de santé moderne. Elle doit aujourd’hui son salut à la pirogue ambulance créée à l’initiative d’un médecin français, Eric Dusseau. Ce médecin, venu dans notre pays en 2002 comme touriste, effectua le trajet Ségou-Tombouctou en pinasse.

Durant son voyage, l’œil du praticien nota la présence d’une multitude de hameaux de pêche le long le fleuve. Le médecin comprit vite la nécessité d’installer un système de santé adapté au mode de vie des Bozos. De retour à Ségou, le médecin contactera une association créée par des membres de la communauté bozo dénommée « Pakou », pour construire une pirogue qui servirait en même temps d’ambulance et de centre de santé. L’embarcation sera baptisée « Pakou ». Elle est mise service en mars 2003 à Ségou et sillonne depuis les hameaux de pêche. Son équipage est composé d’un médecin, d’un infirmier et d’un conducteur de pirogue.

UNE COMMUNAUTE TRES MOBILE. Un comité de gestion de « Pakou » a été créé, présidée par Mamadou Sinayogo. Celui confirme que l’impact du dispensaire flottant sur la santé de la population cible est inestimable. « Avant, l’arrivée de cette pirogue, les Bozos ne bénéficiaient pas de soins de santé moderne. Nos enfants n’étaient pas vaccinés pendant les campagnes de vaccination. Nos femmes enceintes ne faisaient pas de consultations prénatales. Nous sommes une communauté profondément mobile. Nos lieux d’habitation ne sont pas accessibles aux agents de santé », constate Sinayogo. La pirogue ambulance évacue quotidiennement les malades des îlots vers les centres de santé les plus proches. « Comme moyen de transport, cette pirogue est très rapide. Elle est protégée contre le soleil et la pluie. Nous avons relevé un défi technique. Le moteur est installé à l’arrière de l’embarcation. Nous avons conçu un toit léger qui ne puisse réduire la visibilité du conducteur de la pirogue », explique le président de l’association Pakou.

Mama Konta, un pêcheur installé sur un îlot dans la commune de Dioro témoigne : « Avant, nos enfants souffraient fréquemment de maladies diarrhéique à cause du manque d’hygiène. Avec cette pirogue, le médecin vient nous voir régulièrement. Il nous donne de l’eau de Javel qui nous sert à traiter l’eau que nous utilisons pour la consommation domestique. En plus, désormais les campagnes de vaccination touchent nos enfants. Je peux vous assurer que depuis la mise en marche de cette pirogue, le taux mortalité maternelle et infantile a véritablement reculé ».

Mais cette belle initiative a besoin de soutien. En effet, jusqu’à présent, la pirogue fonctionne avec la seule contribution des membres de l’association Pakou. Les cotisations sont fixées à 25 Fcfa par mois pour les femmes et à 50 Fcfa pour les hommes. Une consultation coûte 200 Fcfa. Barou Keita est le médecin chef de Pakou. Toute l’année, il sillonne la zone. « Je fais des consultations, je prescris des ordonnances dont les médicaments sont disponibles dans la pharmacie de la pirogue. Cette pharmacie s’approvisionne dans les dépôts de la Pharmacie populaire du Mali en médicaments essentiels DCI. Nous effectuons des centaines de consultations chaque mois. Dans la plupart des cas, le motif de la consultation est le paludisme ou les maladies diarrhéiques. Pour les cas nécessitant une hospitalisation, nous évacuons le patient vers le centre de référence du cercle le proche », détaille Barou Kéïta.

Le médecin chef estime le travail passionnant. « Ces gens vivent sur des îlots parfois de quelques mètres. Etant loin des lieux de concentration humaine, ils fréquentent peu les centres de santé. Dans le lac Débo par exemple, certains hameaux sont distants de plus de 60 km du village ou du centre de santé le plus proche. Avec cette pirogue, c’est le centre de santé qui vient aux pêcheurs », explique le praticien.

Les touristes occidentaux qui voyagent en pinasse sur le fleuve Niger connaissent bien Pakou. Son infirmier, Mory Kanté raconte qu’il y a quelques années, l’équipe médicale de la pirogue avait pris en charge un groupe de touristes sur le Lac Débo. Les visiteurs souffraient d’indigestion, de diarrhée et autres affections. « Nous leurs avons proposés des traitements spécifiques pour chaque cas. Deux jours après, ils étaient pratiquement tous remis. De retour dans leur pays, ils se sont cotisés pour nous envoyer des équipements pour les tests automatiques de paludisme, des médicaments contre les maladies diarrhéiques et d’autres équipements sanitaires ».

Bien que d’une grande utilité publique, Pakou manque cruellement de moyens financiers, techniques et humains pour assurer convenablement sa mission. Les cotisations des membres de l’association servent à payer les salaires du médecin chef, de l’infirmier (75 000 Fcfa par mois) et du conducteur de la pirogue (50 000 Fcfa). Elles servent aussi à financer les frais de carburant et le ravitaillement de l’équipage.

PANNE DE MOTEUR. La grande mobilité des pêcheurs qui fonde l’utilité de la pirogue, représente une grande gêne pour les responsables de l’association : ceux-ci rencontrent en effet beaucoup de difficultés pour récupérer les cotisations. « Nous avons vraiment besoins du soutien des autorités sanitaires. Cette pirogue est comme un centre de santé. Elle a donc besoin en permanence de médecin, d’infirmier, de sage-femme et de médicaments », explique le président de Pakou. Mamadou Sinayogo estime, de ce point de vue, que l’Etat pourrait vulgariser l’initiative et améliorer la santé des populations vivant le long du fleuve Niger.

Il y a une dizaine de jours, la pirogue était immobilisée à Tamani (dans le cercle de Barouéli). Son moteur était en panne. En fait ce dont l’embarcation a grand besoin, c’est d’un nouveau moteur dont le prix est estimé entre 1,5 million et 2 millions Fcfa. Une somme bien au dessus des capacités financières de l’association Pakou.

D. Djiré


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